lundi, avril 25, 2011

Changement de blog

Retrouvez mon nouveau blog à l'adresse suivante : www.tmb-blog.fr

dimanche, avril 17, 2011

Participation des 15/18 ans aux primaires : faire place à ceux qui font le choix de l'engagement politique. Réponse à Guy Birenbaum


Guy Birenbaum est donc sceptique devant l’ouverture d’un nouveau droit offert à tous les jeunes de 15 à 18 ans, celui de pouvoir voter aux primaires citoyennes, pour celles et ceux qui sont adhérents des Jeunes Socialistes avant le 31 mai 2011. Guy Birenbaum va jusqu’à parler d’un risque de « fausser une “élection“ déjà bien discutable »… Ces arguments sont connus et il est important d'y répondre.

La jeunesse elle, ne commence pas à 18 ans et un jour. Ces dernières années n'ont cessé de montrer que les jeunes de 15 à 18 ans étaient souvent concernés par les politiques menées. Ils avaient d'ailleurs bien souvent une opinion bien tranchée sur le sujet.

A 15 ans, on se préoccupe de savoir dans quelles conditions nous allons pouvoir faire nos études.

A 17 ans, le bac en poche, on s’interroge sur notre avenir professionnel.

Et plus globalement, le projet de société qui sera porté par le candidat aura des répercussions sur de nombreux points : Quelle politique de santé? Quelle politique de la ville? Quelle lutte contre les inégalités? Ces questions touchent directement les jeunes.

Nous avons souhaité ouvrir un nouveau droit pour ces jeunes, leur donner la parole, alors que le pouvoir actuel ne leur propose que des sanctions tel que l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Peut-on considérer qu’à 16 ans on peut aller en prison, mais qu’on aurait pas le droit de s’exprimer pour choisir le candidat d’un parti politique ?

La création de primaires citoyennes, encore jamais organisées en France ne peut pas enlever aux militants, adhérents de la famille socialiste, la possibilité de désigner leur candidat, comme c’est le cas pour des primaires internes. C'est pour cela que ce droit a été ouvert à eux seuls mais que nous encourageons tous ceux qui se sont de gauche et qui veulent le changement à venir y prendre part.

Alors que de trop nombreux médias et chroniqueurs aiment dénoncer l'apathie démocratique des jeunes nous pensons au contraire qu'il faut donner la possibilité du choix à tous ceux qui décident de s'engager en politique. Les interrogations sur la possibilité d'une telle participation pouvant fausser l'élection nous laisse dubitatif. La participation aux primaires sera tellement importante, très probablement supérieur à un million, que nous ne voyons pas comment les quelques milliers de mineurs qui participeront pourront impacter à un tel point le résultat de l'élection. Cela illustre plutôt les craintes immédiates qui apparaissent dans la sphère politico-médiatique dès que l'on évoque une prise de pouvoir des plus jeunes dans notre société.

Les jeunes de France prendront une part active dans la conquête du changement. Ils feront campagne comme lors des dernières élections. Et ces primaires citoyennes, auxquelles ils participeront, seront la première grande étape vers la victoire de la gauche en 2012.

mardi, mars 08, 2011

L'égalité femme/homme dans la pratique sportive : l'exemple américain


En cette journée des DROITS de la femme, c'est l'occasion pour moi de revenir sur ma découverte du féminisme Outre-Atlantique. En août 2002 je débute ma scolarité au Naperville North High School dans l'Illinois (Land of Lincoln et Barack Obama) et le meilleur moyen pour s'intégrer dans le lycée est de rejoindre l'une des dizaines équipe de sport du lycée. Ce sera, comme en France, le cross-country puis l'athlétisme.

Les entrainements ont lieu tous les jours de 15h30 à 17h30, et c'est plus du tiers des élèves qui participe aux activités sportives. Une chose frappe alors pour un lycéen français : la participation des filles est équivalente à celle des garçons. Surtout, à l'exception du football américain et du hockey ce sont les mêmes sports pratiqués par les deux sexes : football (soccer), basketball, gymnastique, athlétisme, tennis, golf...

Pourquoi une telle égalité dans la participation féminine et masculine des activités sportives ?

Lors des mouvements pour les droits civiques des années 1960-1970's plusieurs initiatives ont été prises en faveur de l'égalité des sexes. En 1972 a été adoptée la loi pour l'équité des genres qui stipule dans son titre IX :

"No person in the United States shall, on the basis of sex, be excluded from participation in, be denied the benefits of, or be subjected to discrimination under any education program or activity receiving Federal financial assistance..."

Traduction rapide : Personne aux Etats-Unis ne doit, du fait de son sexe, être exclu de la participation, ou se voir refuser la participation, ou être soumis à une discrimination dans tout programme scolaire ou activité recevant des fonds fédéraux.

En clair les établissements scolaires – de l'école primaire à l'université – ainsi que toutes structures étant subventionnée par l'État Fédéral doivent assurer une égale participation entre les sexes à toutes les activités. Dans le domaine sportif, cela s'est transformé en une obligation pour les établissements scolaires de dépenser autant d'argent pour les équipes féminines que pour les équipes masculines, d'avoir autant d'entraineurs, d'avoir autant de compétitions. A l'Université cette loi a une importance encore plus forte puisque les universités doivent accorder le même nombre de bourses sportives pour les hommes que pour les femmes.


Les Etats-Unis, dans un domaine au cœur de leur modèle culturel : le sport, ont réussi à imposer une égalité des sexes quasi parfaite. Cette victoire a été obtenue grâce à une mobilisation massive des organisations féministes mais dans un contexte où ce sont l'ensemble des droits sociaux qui progressaient. Surtout cela démontre qu'atteindre l'égalité des droits est possible, cela nécessite du courage, un engagement financier conséquent et une farouche volonté de changer les mentalités.


PS : Très bon article sur le site de mon Université (American University Washington DC) sur ce sujet


vendredi, mars 04, 2011

Une certaine conception de l'histoire : retour sur l'idée d'assimilation

L'utilisation de l'histoire à des fins politique devient une tradition sarkozienne. Sa vision de l'histoire est en rupture avec la tradition de l'identité républicaine et renoue avec les pis relents colonialistes. Il promeut une conception essentialiste de l'identité française, où les hommes et femmes seraient français par nature, par le sang, par un rapport au passé. C'est donc une rupture avec l'idée de la nation comme une communauté de destin uni autour de l'idéal républicain.

Le président Sarkozy devrait se replonger dans les livres d'histoire - si possible pas ceux de la IIIe République coloniale - notamment ceux de Patricia Lorcin, historienne américaine, spécialiste de l'Algérie.

***

L'ouvrage de Patricia M. E. Lorcin, universitaire américaine, intitulé :

“Kabyles, arabes, français : identités coloniales”

s'inscrit pleinement dans un mouvement général des sciences humaines qui met l'étude des identités, de leurs constitutions et de leurs conséquences au centre des sujets de recherche. Après un bref résumé des thèses de l'auteur, nous présenterons l'inscription de son ouvrage dans l'historiographie avant d'en souligner la spécificité.


Patrica Lorcin propose d'étudier la constitution des identités kabyles, arabes par le pouvoir colonisateur français. En creux, elle met en évidence la constitution de l'identité du colon ainsi que celle des français en général en examinant le miroir inversé que représente l'étude de l'autre. La façon dont les scientifiques, l'armée et les pouvoirs coloniaux décrivent les kabyles et arabes permet d'établir le portrait des français de l'époque. C'est dès lors une histoire culturelle de la pensée coloniale française tout au long du XIXème siècle. Elle a subdivisé son ouvrage en trois grandes parties. La première et la dernière sont chronologiques. Dans la première, elle présente les évolutions de la compréhension des populations de la conquête de l'Algérie jusqu'à la chute de Napoléon III, puis dans la dernière partie, elle présente les évolutions des constitutions identitaires à la suite de l'avènement de la IIIème République. La deuxième partie est thématique, elle s'attache à retracer les liens entre « les sciences sociales et les militaires ».


L'étude du mythe Kabyle est le cœur apparent de l'ouvrage. L'auteur entend présenter pourquoi et comment le colonisateur, les scientifiques, les ethnologues ont perçu les habitants de l'Algérie. Comment ils ont dans un premier temps différencier les arabes des kabyles, puis attribuer des caractères négatifs au premier et positifs au second. Surtout l'auteur insiste sur l'effet miroir que constitue cette opération de catégorisation. L'identité accordée à chacune de ces catégories n'est pas le fruit d'une étude scientifique, bien que l'aspiration à la scientificité fût particulièrement importante, - nous y reviendrons -, mais la projection des idées françaises reçues sur les populations autochtones. L’historienne opère un travail de déconstruction de l’identité, en historicisant l’identité, en soulignant sa construction ainsi que les évolutions qui ont fait qu’une identité s’est renforcée alors que d’autres ont été mises à l’arrière plan. Ces évolutions ne sont pas l’aboutissement d’une volonté individuelle, c’est une société dans son ensemble qui évolue. Le sens de l’identité est un va-et-vient, entre ce qui préexiste dans la société et les apports du présent. L’identité n’est donc ni totalement subie, ni totalement choisie, elle est construite dans une interaction permanente entre le passé, le présent et le futur. Toutefois, en faisant cela, l’historienne ne nie pas l’identité, ni sa raison d’être ; elle permet seulement de montrer que les « identités » sont des créations de l’homme, naissant et se développant dans un contexte historique.


Pour mener son étude, Patricia Lorcin, utilise les nombreux ouvrages des scientifiques, militaires, hommes politiques et tout particulièrement des ethnologues de l'époque. De telles sources permettent de faire une véritable histoire culturelle des intellectuels, hommes de lettres et scientifiques profanes de l'époque. Du fait même de ses sources, en étudiant la conception du mythe Kabile et de l'identité donnée à la figure de l'arabe, elle réalise dans le même temps un ouvrage sur l'histoire de la mentalité coloniale française. A cette fin, elle est dans l'obligation de faire de l'ethno histoire avec un va et vient entre les écrits anthropologiques de l'époque et ceux de la seconde moitié du XX ème siècle, particulièrement importants pour la population Kabyle, notamment ceux de Pierre Bourdieu. La thèse de Patricia Lorcin illustre la porosité entre les différents champs de recherche en histoire : histoire coloniale, histoire culturelle et des mentalités, ethno-histoire, histoire des disciplines scientifiques, histoire de France, histoire de l'Algérie, histoire militaire...


L'un des éléments fondateurs du mythe Kabyle est l'importante résistance militaire que ceux-ci développèrent à l'encontre de l'armée française. Pour les militaires français, il était nécessaire de reconnaître les qualités de son adversaire afin de ne pas perdre en crédibilité. Plus le Kabyle était présenté comme fort, insaisissable, voir noble, plus la victoire française en serait prestigieuse. Ce sont donc les militaires qui, les premiers, ont défini le Kabyle et ce en contraste avec les populations arabes qui avaient été plus facilement conquises (ou dominées ?). Le Kabyle était présenté comme étant sédentaire, montagnard, libre, disposant d'une organisation sociale démocratique, accordant une plus grande liberté aux femmes et ayant des pratiques presque déviantes de l'Islam, ce qui témoignerait de la faible imprégnation de la culture islamique. A l'inverse, l'arabe est nomade, habitant les plaines et le désert, vivant dans un système social féodal et sans séparation entre le pouvoir temporel et religieux.


La constitution de ces idéaux-types par les militaires est intrinsèquement liée à leur mission, leur culture et l'imaginaire français. Les militaires français tout imprégnés du désir d'ordre et de contrôle du territoire napoléonien éprouvaient la plus grande difficulté avec le nomadisme. Comment assurer le contrôle de la population, et même sa sécurité, si on ne sait pas où les personnes habitent ? Il est même possible de s'interroger sur la possibilité même de l’existence d’un État moderne dans lequel la population serait majoritairement nomade.[1] Le passage de l'incompréhension d'un mode de vie à un jugement normatif négatif est très aisé. Le raisonnement des militaires est que le nomadisme étant différent, insaisissable, il est forcément inférieur ; tandis que le Kabyle, sédentaire, disposant d'un ancrage au sol, est en conséquence plus proche et plus semblable des français, en ce sens donc plus assimilable. Il y a ressemblance donc supériorité. C'est donc par rapport à l'échelle de valeurs des militaires français que la dichotomie s'opère, faisant de l'arabité une identité négative, inférieure et impossible à assimiler tandis que le Kabyle est tout l'inverse.


La nécessité de connaître l'autre pour mieux le contrôler selon un rapport de « savoir-pouvoir » tel que étudié par Michel Foucault permet de mieux appréhender les raisons du développement des études sur l'autre opéré par les militaires. La science, la race, la linguistique comme l'ensemble des idées saint-simoniennes sont bien le fruit de leur temps mais servent aussi pleinement à l'idéologie coloniale et raciale. La prétention à la scientificité des militaires, cette volonté d'augmenter le champ des savoirs, le scientisme justifient moralement le colonialisme. Au final se constitue un cercle vertueux où la science justifie le colonialisme et où le colonialisme permet à la science de se développer. L'auteur développe également une étude approfondie du legs de la Révolution Française et de l'œuvre Napoléonienne sur le lien entre armée et science, que cela soit par l'école polytechnique ou l'héritage de l'expédition d'Égypte. La constitution du champ des savoirs des militaires ne pouvait se développer que dans le cadre de leur logique et d'un rationalisme qui ,de facto, conditionnait la constitution des savoirs. Michel Foucault a étudié ce qu'il dénommait des « régimes de vérité[2] », ou comment les sciences s'autolimitaient pour n'accepter que les connaissances qui permettaient de valider les postulats de départ. Il est possible d'avoir une lecture foucaldienne de l'ouvrage de Patricia Lorcin, notamment dans l'imposition d'une différence raciale sur l'opposition entre Kabyles et Arabes. Elle insiste particulièrement sur le rôle des médecins, des idées progressistes, de la constitution d'une communauté scientifique conjuguant experts universitaires (principalement situés à Paris) et experts profanes[3] dans la racialisation des identités kabyles et arabes. Comme Michel Foucault, qui pourtant n'est jamais cité dans l'ouvrage, ce qui est particulièrement étonnant pour une historienne américaine des relations de « savoir-pouvoir », elle établit une cartographie des connaissances, des dimensions culturelles, idéologiques qui expliquent pourquoi de telles connaissances, pourtant erronées, ont pu se développer à telle époque et pourquoi elles ont été admises comme vrai. Ce n'est donc pas tant faire l'histoire d'une idée fausse qui nous intéresse ici que d'établir l'histoire de comment des idées fausses ont pu être acceptées comme vraies et acquérir le statut de connaissance scientifique. Ainsi que la propagation de ces idées fausses à l'ensemble de la société coloniale comme à la société française grâce au crédit de la parole scientifique.


Les sciences coloniales dont l'anthropologie, l'ethnologie, la géographie ont eu un énorme pouvoir perforateur sur les sociétés qu'elles ont étudiées. En prétextant étudier les us et coutumes, les règles de droit traditionnel, puis en les codifiant, en établissant des cartes, les scientifiques ont gravé dans le marbre la façon dont ils concevaient ces populations. Ces dernières, notamment par l'éducation, se sont réappropriées ce savoir sur eux-mêmes qu'ont développé les hommes du colonialisme. Ce phénomène a été largement mis en évidence par les historiens, notamment Jean-Loup Amselle et Elikia M’Bokolo qui ont approfondi ce type de recherches en soulignant les phénomènes de « réappropriation » identitaire et en montrant que « la manière dont les indigènes se perçoivent eux-mêmes serait liée à l’effet en retour des récits d’exploration et de conquête ainsi que des textes ethnologiques coloniaux et post coloniaux sur leur conscience d’eux-mêmes.[4]»

L'activité scientifique n'est donc pas neutre ; dans ces sujets d'études comme dans les résultats obtenus, elle a eu des conséquences directes sur la façon dont les populations ont été perçues puis se sont perçues. La perte d'importance du mythe Kabyle à partir des années 1870 et surtout l'absence d'une politique Kabyle de la part du gouvernement français ont permis d'éviter une césure en deux blocs de la population à la suite de l'indépendance[5].


En étudiant le mythe Kabyle, l'auteur permet de faire l'histoire de la pensée et surtout des mentalités du XIX ème siècle. En présentant l'action de la France en Algérie, que cela soit celle des militaires, puis des civils, elle dessine les évolutions politiques, idéologiques et culturelles de la France. Dans le prolongement du champ ouvert par E. Said avec son ouvrage sur l'orientalisme, elle prouve à quel point l'étude de l'autre constitue à bien des égards un miroir de soi. Les développements sur la constitution d'une nouvelle race algérienne, comme « creuset de la Méditerranée », à même de revivifier la nation française sont ici déterminants. C'est Louis Bertrand, un auteur lorrain, succédant à Maurice Barres à l'académie française, qui théorisa l'idée de l'émergence d'une nouvelle race, celle des colons européens vivant dans le pourtour méditerranéen. L'émergence de cette idée témoigne du bouleversement qui s'opère en Algérie avec l'émergence de la III ème République. Avec le passage de l'autorité militaire à une autorité civile, la montée en puissance des thèses du déclin de la France, de la nécessité de revitaliser la nation au lendemain de la guerre, ainsi que d'un certain relativisme social spécifique à la fin de siècle, le mythe Kabyle a perdu de sa centralité au profit de la croyance en l'émergence d'une nouvelle race européenne en Afrique. Alors que, dans les années 1830-1840, la résistance Kabyle avait renforcé le mythe Kabyle, l'insurrection de 1871 renforça les tendances à refuser l'assimilation et à privilégier une approche d'association. Là encore, c'est le contexte politique, social, culturel qui conditionne les productions scientifiques et, dans le cas de Louis Bertrand, littéraires. Cette idée témoigne de l'instabilité identitaire des colons algériens, tout particulièrement au lendemain de l'acquisition de la citoyenneté des populations juives. Qu'est-ce qu'être français, européen en Algérie si les juifs natifs d'Algérie, puis potentiellement les Kabyles peuvent devenir des citoyens français ? Il y a donc une nécessité pour les colons d'établir une identité commune qui les distingue non seulement des arabes mais aussi des Kabyles afin d'assurer leur supériorité sociale et de les unifier du fait de la disparité des origines des colons. Les croyances de l'époque, notamment de l'influence du climat sur les hommes, ont largement facilité ce processus, celui de définir une identité commune à tous les colons qu'ils soient français ou non.

Enfin, dans un chapitre conclusif, l'auteur opère un état des lieux de « la persistance des stéréotypes et des décidions politiques consécutives », qui permet de mettre en relief le triple legs – populaire, scientifique, politique – du mythe Kabyle. Malgré son abandon dès la fin du XIX ème siècle par les colons, ce mythe a persisté jusque dans les milieux scientifiques comme le démontre le choix d'étudier en particulier cette population comme l'a fait Pierre Bourdieu. Surtout, le legs populaire et politique permet de mieux comprendre la place accordée aux algériens en France tout au long du XXeème Siècle. La conception d'un « arabe » algérien inassimilable a ainsi perduré jusqu'à nos jours, comme le souligne l'auteur :

« L'absence de tout effort concerté afin d'accueillir la religion à l'intérieur de la société coloniale en avait fait une religion d'étranger, ce qui en fit la quintessence même de l'Autre, expression toujours évidente à l'heure actuelle dans la propagande de la droite française contre les immigrés maghrébins.[6] »

Le travail de Patricia Lorcin vient notamment apporter un éclairage scientifique apaisé sur des débats politiques qui touchent les historiens, comme l'illustre l'ouvrage de Patrick Weil qui cherche à comprendre les motivations de l'affirmation d'identité particulière venant s'opposer au mythe républicain français de l'universalité[7].


L'auteur présente aussi très brièvement les conséquences du mythe Kabyle sur les populations de l'Algérie, en admettant elle même que son travail ne permet pas d'approfondir ce sujet.


En conclusion, l'ouvrage de Patricia Lorcin permet de se replonger dans la pensée coloniale, en n'ayant pas peur d'étudier les textes des penseurs coloniaux de l'époque. En faisant cela, elle permet dans le même temps d'étudier la racialisation des identités Kabyles et arabes, les conséquences que cela a eu tant sur la société algérienne et française, tout en rédigeant un mémoire sur la mentalité française et coloniale. Elle prouve ainsi qu'étudier la période coloniale n'est pas faire l'histoire d'un pays ou d'un autre mais bien mettre en évidence les relations de pouvoir et l'histoire commune d'une époque qui pèse encore fortement sur le présent. Enfin, son livre appelle à poursuivre l'étude sur la permanence, ou non, de ces mythes des deux côtés de la méditerranée


[1] Nous renvoyons ici à une double dimension. Tout d'abord la place accordée aux vagabonds sans domicile fixe et tsiganes dans les sociétés européennes. Ensuite, une abondante recherche ethnologique a eu lieu dans les pays arabo-musulmans (Egypte, Jordanie, tous les pays du Golfe) sur : comment la constitution d'un État moderne dans la deuxième moitié du XX siècles a entraîné une perte du nomadisme bien que celui-ci puisse toujours constituer un idéal de grande valeur ? Notamment : Abu-Lughod, Lila. 1986. Veiled sentiments: honor and poetry in a Bedouin society. Berkeley: University of California Press. Rosen, Lawrence. 1984. Bargaining for reality: the construction of social relations in a Muslim community. Chicago: University of Chicago Press. Caton, Steven Charles. 1990. "Peaks of Yemen I summon" poetry as cultural practice in a North Yemeni tribe. Berkeley: University of California Press.

[2] Foucault, Michel, 1999. Les anormaux: cours au Collège de France (1974-1975). [Paris]: Gallimard.

[3] La différenciation entre “savant” et “profane” est aujourd'hui encore importante dans les études scientifiques. Le XIX ème siècle avec la multiplication des associations scientifiques entremêlait cette imbrication entre les savants reconnus et cette foule de personnes prétendant à la connaissance scientifique. Un rapport inversé pouvait tendre à se constituer dans le monde colonial et dans les disciplines telles que la géographie, l'histoire, l'ethnologie et l'anthropologie, car les profanes étaient ceux qui étaient sur le terrain tandis que les savants universitaires étaient en métropole. Les savants “profanes” pouvaient donc gagner un prestige qu'ils n'auraient pu obtenir en restant en métropole. L'auteur aurait pu étudier de façon plus approfondie cette dimension, notamment pour savoir à quel point une pression culturelle pouvait jouer des savants vers les profanes pourtant, eux, sur le terrain et à quel point cela conditionne la constitution des savoirs.

[4] AMSELLE, J.-L., & M'BOKOLO, E. (1999). Au cœur de l'ethnie: ethnie, tribalisme et état en Afrique. Découverte/Poche, 68. Paris, Découverte. pp.IV.

[5] Nous pensons notamment ici au cas du Rwanda et du Burundi où les identités Hutu et Tutsi étaient des catégories sociales et non des “races” distinctes ni même des ethnies distinctes. Ce sont les ethnologues, notamment Pères Blancs ainsi que la politique belge qui de façon systématique ont différencié ces identités sociales en deux groupes distincts notamment au niveau racial et en appliquant des politiques sur la base de cette distinction.

[6] Lorcin, Patricia M.E. 2005. Kabyles, Arabes, Français identités coloniales. Limoges: Pulim. P300.

[7] Weil, Patrick. 2008. Liberté, égalité, discriminations :l’identité nationale" au regard de l'histoire. Paris: B. Grasset.

mardi, janvier 04, 2011

PERSPECTIVES 2011

Je vous adresse à tous mes plus sincères voeux pour cette nouvelle année. Des vœux de bonheur, de joie, d’espérance enfin réalisée, de combats victorieux et d’avancées dans le réel de nos idées.

Cette année 2011 est cruciale pour le MJS. Il ne nous reste plus qu’une petite année pour faire du MJS un rouleau compresseur intellectuel, propositionnel et militant pour les campagnes présidentielles et législatives de 2012.

Au delà des cantonales ce sont trois temps fort qui vont marquer l’année :

  • La convention jeunesse du MJS qui sera l’occasion pour nous de faire connaître et populariser notre programme pour la jeunesse. Jusqu’en début avril nous devrons avancer sur le fond, élaborer, proposer, consulter les jeunes et mobiliser pour que la gauche soit à la hauteur des aspirations des jeunes de France
  • Les primaires dans lesquels nous devons nous mobiliser de façon immédiate et totale. Les primaires c’est autant un nouveau droit, celui de pouvoir choisir le candidat qui représentera la gauche au 2nd tour de l’élection présidentielle ; qu’un formidable outil pour inonder l’espace public des propositions de la gauche, interpeler les candidats sur nos propositions, surtout cela doit être l’occasion de nous élargir et d’embrasser tous ceux qui font la gauche au quotidien, à qui enfin notre parti donnera le pouvoir de décider.
  • Le congrès du MJS qui est d’autant plus important qu’il se tiendra à la veille de l’élection présidentielle, occasion unique pour parler à la jeunesse de France et l’appeler à se lever pour porter la gauche au pouvoir. Un congrès pour imaginer le rôle qu’aura le MJS pour peser sur un gouvernement de gauche…

2010 aura certainement été l’année du renouveau au MJS, avec une organisation qui a gagné en dynamisme, en visibilité, qui a su transformer ses formes de militances et renouer pleinement avec son rôle de mouvement d’éducation populaire.

2011 devra être l’année de la massification, l’année où chaque jeune qui croit et qui espère décide de nous rejoindre et trouve de façon immédiate toute sa place dans notre organisation. Faire preuve d’ouverture, favoriser continuellement notre développement, donner des responsabilités, nous étendre dans les quartiers et les campagnes, militer, former, recruter. Faire du MJS l’outil de prise des pouvoirs pour la jeunesse sur tout le territoire national de Besançon à Pointe-à-Pitre, de Paris à Montpellier, de Béthune à Chambéry.

Pour cela le MJS doit être plus visible, plus dynamique et surtout accueillir un plus grand nombre d’adhérents.

Chaque nouvel adhérent du MJS est un porte-voix de nos rêves et espérances auprès de ses amis, de sa famille, de ses collègues et camarades, dès lors nous ne devons cesser d’élargir nos rangs.

Chaque nouvelle équipe est un nouvel espace où la parole des jeunes socialistes sera portée et qui permettra à de jeunes militants de prendre des responsabilités et de s’engager plus fortement.

Ainsi nous mobiliserons, nous convaincrons, nous gagnerons et aurons l’immense privilège d’être la génération qui donnera la victoire à la gauche et redonnera le pouvoir au peuple de France.

2012 commence bien en 2011,
Meilleurs vœux à tous.

lundi, décembre 06, 2010

Côte d’Ivoire : Clientélisme, Identité, Démocratie

L’échec du processus électoral en Côte d’Ivoire vient souligner l’extrême difficulté de sortie d’un conflit civil par les urnes. Les origines de la guerre civile ivoirienne sont multiples. Elles allient les motivations financières et la mobilisation politique sur la base des identités.

Le contrôle de l’Etat ivoirien par un groupe de personnes rapporte bien plus que les gains traditionnels du contrôle politique de l’appareil d’Etat. Celui qui a la mainmise sur l’Etat en contrôle les revenus – dont les ressources naturelles et agricoles – qui lui permettent de faire fonctionner à plein un système paternaliste clientéliste afin de maintenir sa domination. Dès lors perdre le contrôle de l’Etat c’est perdre la source de revenu et l’ensemble des allégeances obtenues. En conséquence ceux qui bénéficient du système, tant à la tête qu’à la base, sont prêts à le défendre âprement, presque tout autant que ceux qui en sont exclus souhaitent l’acquérir.

L’avidité comme facteur explicatif d’un conflit se trouve accru quand il est combiné à la mobilisation de grief identitaire[1]. Toutes les populations vivant en Côte d’Ivoire depuis plusieurs générations ne bénéficient pas du système clientéliste qui fonctionne avant tout autour de la capitale et des régions productrices de cacao. Les populations du nord en sont exclus et le pouvoir de Laurent Gbagbo dénigre à des pans entiers de ces populations le fait même d’être ivoirien[2].


Les leaders politiques africains sont souvent enclins à souligner, à raison, l’artificialité des frontières coloniales, pour autant peu de pays reconnaissent le droit du sol. En outre un nombre important de pays reconnaît la citoyenneté qu’aux habitants et aux descendants de ceux qui vivaient dans le pays soit avant les indépendances soit avant la colonisation, excluant de tous droits politique les populations ayant migrées de façon postérieure à ces dates.

Avoir la mainmise sur l’état pour capter ses ressources et faire fonctionner un système clientéliste, mobiliser les identités à des fins politiques pour renforcer le sentiment d’appartenance sont des facteurs – non exclusifs – du conflit ivoirien. Ils permettent surtout de comprendre pourquoi le délai pour tenir les élections aura était dépassé de cinq longues années et pourquoi la constitution des listes électorales fut si âpre et couteuse.


Les deux camps étaient prêts à participer au processus électoral tant qu’ils étaient convaincus de leur victoire et que leur pré carré demeurerai intact. En Cote d’Ivoire, comme au Burundi ou au Kenya le processus électoral a une vertu pacificatrice. Toutefois, la victoire dans les urnes entrainant non pas qu’une défaite électorale mais la potentialité de l’effondrement d’un système clientéliste, les partis ont beaucoup de mal à en accepter les résultats et sont prêts à utiliser toutes les méthodes pour défaire un résultat qui ne leur convient pas quitte à replonger la population toute entière dans le chaos.

Les élections au Kenya et en Côte d’Ivoire ont permis de souligner à quel point la démocratie ne se limite pas à l’établissement de listes électorales, l’installation d’isoloirs et d’urnes et la présence d’observateurs internationaux. La démocratie nécessite le partage de valeurs, le partage d’un sentiment d’appartenance commune qui fait que quelque soit le résultat tous sont enclins à respecter le choix des urnes. Cela nécessite la probité de celui qui exerce le pouvoir et la conviction de tous que chaque citoyen sera traité de la même manière quelle que soit son identité ou son vote.


La démocratie n’est pas qu’un processus électoral et elle peinera à s’instituer tant que les protagonistes continueront de percevoir l’élection comme une possibilité d’annihiler son adversaire d’une autre façon que par la force des armes. Mettre fin au clientélisme, garantir la vertu dans la pratique du pouvoir, faire que chaque individu soit un citoyen sont les conditions premières et indispensables à l’institution d’une démocratie durable respecté par tous.

La responsabilité de la gauche sera de faire respecter des valeurs dont celles de la vertu face au vice, de la citoyenneté face aux mobilisations identitaires, de la démocratie et des droits de l’homme face aux intérêts financiers, politiques ou amicaux.

Mettre fin au colonialisme nécessite de mettre à bas le colonialisme dans les têtes, celui qui pense que l’on peut faire à la place de l’autre, comme de celui qui affirme que la démocratie là bas c’est différent.

Les différentialistes, les culturalistes ne sont que les héritiers du XXIe siècle de la pensée coloniale. Mettre fin au colonialisme c’est ne jamais accepter des faits en Afrique que nous n’accepterions jamais en Europe.



[1] « greed and grievance » http://en.wikipedia.org/wiki/Greed_versus_grievance

[2] http://alternatives-economiques.fr/blogs/giraf/2010/10/21/cote-divoire-episode-2-les-annees-gbagbo-entre-guerres-et-identifications-le-chemin-tumultueux-des-elections/#more-128

mardi, novembre 30, 2010

Le syndrome Kennedy

En 1979, le sénateur Ted Kennedy décide de se lancer dans la course aux primaires contre le président sortant démocrate Jimmy Carter.

Rapidement la campagne de Ted Kennedy prend de l’ampleur (momentum), Il est presque en mesure de battre lors des primaires le président sortant… avant qu’un journaliste lui pose une question toute simple :

« Senator, why do you want to be president ? »

(Sénateur, pourquoi voulez-vous devenir Président ? »


Le Sénateur Ted Kennedy s’enfonça dans une réponse interminable de deux minutes, décrivant les avantages de l’Amérique et quelques unes de ces difficultés, mais sans jamais répondre à la question.

Cette réponse fut la fin de la campagne de Kennedy.

Comment peut-on élire quelqu’un président qui ne sait même pas répondre, en terme simple, à la question pourquoi il souhaite devenir président.

En France en 2011…

Les primaires sont un formidable outil démocratique. Elles permettent aux citoyens de choisir qui est le mieux à même de représenter un camp politique homogène (la gauche ou les socialistes) mais où des nuances - plus ou moins importantes - existent.

Le peuple de gauche est appelé à faire un choix avec deux forts déterminants :

- quelle nuance je préfère dans une politique socialiste

- qui est le mieux à même d’être président de la République

Ce qui est sûr, c’est qu’au delà des sensibilités propres à chaque candidat, déclaré ou potentiel, ils devront tous être capable de répondre à une question simple : pourquoi voulez-vous devenir Président ?